KARIM CHERIF (DG HÔTELS EDEN) – Tourisme et Voyages
lundi , 10 décembre 2018
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KARIM CHERIF (DG HÔTELS EDEN)

«Le développement du tourisme passe par l’amélioration de la qualité de service».

Mr KARIM CHERIF (DG HÔTELS EDEN)
Mr KARIM CHERIF (DG HÔTELS EDEN)

Comment analysez-vous le secteur du tourisme en général et de l’hôtellerie en particulier en Algérie ?
Je voudrais tout d’abord vous remercier de me donner l’opportunité de vous présenter très succinctement ma vision et mes réflexions en tant qu’acteur du secteur, mais aussi en tant que président de la commission tourisme du forum des chefs d’entreprises.
Le secteur du tourisme dans le monde, crée et représente un emploi sur dix et 9% du PIB mondiale. Cela donne une idée sur l’importance du tourisme en général, avec toutes les retombées sous forme de création d’emplois, de dynamique économique, et de richesses pour le pays.
Concernant le développement du tourisme en Algérie, il faut savoir, et je ne vous apprends rien, que ce secteur n’a jamais représenté depuis l’indépendance une priorité de développement national. On peut considérer que la prise en compte des retombées du tourisme date d’une quinzaine d’années, avec une nouvelle vision engagée par les pouvoirs publics.
Je dois témoigner ici que cette volonté de développer le secteur du tourisme, est dorénavant une réalité assumée par les pouvoirs publics.
Quelques chiffres sur le secteur de l’hôtellerie sont donnés à titre d’informations : en matière d’infrastructures d’accueil plus de 100 000 lits et plus de 1200 établissements hôteliers. Sur ce parc hôtelier, seul 20% répondent aux normes et standards internationaux, reste encore insuffisants pour répondre à la demande.

Vous êtes à la tête d’une importante chaine algérienne. Pouvez-vous nous en parler et nous faire partager votre expérience ?
Au-delà des activités de notre groupe qui a une antériorité de plus de 60 années dans l’entreprenariat, nous avons investi dans le secteur du tourisme à la fin des années 80.
Notre premier établissement hôtelier a été un hôtel de 44 chambres balnéaire à Ain Turk Oran. Le deuxième établissement, a été la réalisation en 1996 d’un village de bungalows arabo-andalou toujours à Ain Turk.
A la fin des années 90, on a réalisé un hôtel urbain à proximité de l’aéroport international, l’hôtel EDEN Phoenix de catégorie 04 étoiles.
A cette époque-là, il y avait à peine deux ou trois hôtel à Oran qui se partageaient un marché en forte croissance, ce qui plaçait notre hôtel dans une position concurrentielle très confortable. Ce n’est qu’après l’ouverture d’hôtels de chaines internationales, que l’émulation et la concurrence nous ont permis d’accentuer davantage nos efforts pour améliorer encore plus notre qualité de service, et la mise à niveau de nos équipements et installations.
En 2010, nous avons créé le label EDEN, afin de réunir nos établissements sous une même marque ‘ EDEN HOTELS’, en nous structurant en tant que chaine hôtelière, afin de faire bénéficier nos hôtels de structures communes d’achats, de marketing et de management, en capitalisant dorénavant un savoir-faire acquis sur notre expérience.

Vous êtes sur d’autres projets de lancement et d’ouvertures d’hôtels ?
Notre dernier né fut la réalisation en 2012 d’un hôtel 04 étoiles de 176 chambres à sidi Bel abbés : l’EDEN BELABBES. Cette première expérience en dehors de notre wilaya d’origine, nous a incités à développer d’autres projets dans d’autres wilayas du pays. Nous en sommes sortis avec une stratégie de développement pour une nouvelle chaine hôtelière, spécialisée dans l’hôtellerie milieu de gamme de catégorie 03 étoiles. D’ailleurs, un nouvel établissement hôtelier de la chaine EDEN est en chantier à Ain-Temouchent. Cet hôtel sera réceptionné début 2018.

Pensez-vous que les mesures prises par le gouvernement sont suffisamment incitatives pour encourager l’investissement ?
Nous assistons ces dernières années à l’ouverture de nombreux établissements hôteliers, sans compter les projets en cours de réalisation, qui sont de l’ordre de 700 à l’horizon 2020, qui présenteraient 75 000 lits. Ceci démontre l’intérêt et l’engouement des investisseurs, encouragés maintenant par les nombreuses mesures incitatives octroyés par l’Etat, comme par exemple des crédits bonifiés, l’octroi de foncier dans le cadre de concession, et l’exonération de TVA et de taxes douanières pour l’importation d’équipements. Au-delà de ces importantes mesures incitatives, les lenteurs administratives demeurent un frein qui peut dissuader les investisseurs de mener à bien leur projet. Il reste toutefois que l’accueil bienveillant  des pouvoirs publics pour accompagner les projets d’investissements nous rassure.

La destination Algérie souffre d’un manque de visibilité à l’international. Comment faire pour remédier à cette situation ?
Si la destination Algérie n’est pas assez visible à l’international, c’est parce qu’elle n’est pas assez «marketée» et valorisée dans les circuits internationaux.
A cet effet il ya lieu de se doter de moyens humains qualifiés et d’un budget suffisant pour établir un véritable programme d’action visant cet objectif.
Dans ce cas le retour sur investissement est immédiat, en matière de captation de nouveaux touristes, d’augmentation des recettes et de valorisation de l’image de marque du pays.
Pour cela, il faudra faire du benchmarking en nous inspirant des stratégies et des pratiques réalisées par les pays touristiques, à l’instar de ce que font nos voisins, en faisant appel à des experts et à des agences de communications spécialisés dans le tourisme, pour bénéficier de leurs expériences et expertises dans la gestion de l’image et de la visibilité positive d’une destination touristique. 

Le tourisme domestique est lui aussi un créneau à développer, mails il semble avoir du mal à décoller ? Partagez-vous cette analyse ?
Je pense que pour répondre à votre question, il faut revenir aux fondamentaux : la loi de l’offre et de la demande. Comme j’ai eu à vous le dire, les capacités en terme d’infrastructure d’accueils sont encore insuffisantes pour répondre à la demande toujours en expansion, et qui découle en Algérie, de deux grands typologies de clientèles : La clientèle nationale, et la clientèle de notre communauté résidente à l’étrangers.
Le chiffre de deux millions cinq cent mille Algériens qui partent en vacance chaque année à l’étranger est aussi à prendre en considération et qui souligne l’insuffisance de l’offre quantitative et qualitative de l’offre algérienne pour les nationaux.
Il est clair qu’au-delà du seul aspect lié à l’hébergement, le manque d’infrastructures de loisirs, de détente, de circuits touristiques mais aussi de culture font encore défaut. Car un touriste qu’il soit autochtone ou étranger cherche une expérience de vie dans tous ces aspects culturels, cultuels, historiques, gastronomiques, de loisir etc…
Je pense que le développement du tourisme domestique, passe nécessairement par une amélioration de la prestation et de la qualité de service, afin de tendre vers les normes et les standards internationaux.
Le renforcement des capacités et des infrastructures hôtelières adossé à l’amélioration de la formation, devrait grâce à la concurrence et à l’émulation qui s’installera dans le cadre d’une saine compétition commerciale, pour faire bénéficier la clientèle d’un meilleur produit au meilleur prix.
Le développement et l’amélioration du tourisme domestique et son attractivité représente la première étape pour tendre le tourisme international.

Le SITEV semble à la recherche d’une vocation. Qu’est ce qu’il lui manque pour devenir plus professionnel ?
Pour avoir participé à de nombreuses éditions du SITEV, j’ai pu constater chaque année une amélioration dans l’organisation. Je préconiserais aussi de consacrer une journée exclusivement aux professionnelles et de promouvoir davantage toutes les régions du pays afin de permettre à l’ensemble des algériens de partir à la découverte des atouts et richesses que recèle notre beau pays. 

Propos recueillis par K. Derkouche

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