Brahim Aflah Hadj Nacer (Manager général de Zyriab Voyages) : «La destination Algérie est peu valorisée»

Le responsable de Zyriab Voyages est l’un des plus anciens voyagistes sur la scène d’Alger. Il analyse et évalue avec lucidité les tendances des voyages pour cette saison estivale et la trajectoire du tourisme en Algérie. Pour lui, le secteur du tourisme ne fonctionne plus d’une manière traditionnelle et habituelle, il est en pleine mutation dans le monde et bousculé par la transformation digitale.    

On remarque que cette saison estivale, certaines destinations ont la cote plus que d’autres. Qu’elle est votre analyse ?

Effectivement, chaque saison estivale a ses nouveautés même si ces dernières années, la tendance est plutôt la même. La Tunisie attire toujours autant de touristes algériens  au regard de sa proximité géographique et un accès sans visas par voie terrestre, la Turquie exerce aussi son charme, destination encouragée par des lignes aériennes régulières (Air Algérie, Turkish Airlines) et des vols charters ou saisonniers vers Antalya  ainsi que la destination Egypte qui semble faire une percée. Clairement et d’après les réservations effectuées jusque-là, Sharm el-sheikh, nichée entre le désert de la péninsule du Sinaï et la mer Rouge, commence à détrôner la Turquie en termes de rapport qualité/prix. Même si il existe deux inconvénients majeurs : ce n’est pas la haute saison là-bas, il fait trop chaud et en termes de dessertes aériennes, elle est moins étoffée que la Turquie.

L’octroi des visas a bouleversé les destinations

Tout à fait, la Tunisie offre un accès sans visas, Les visas de la Turquie et de l’Egypte sont accordés relativement sans grande difficultés.  Néanmoins, l’octroi du visa Schengen au compte-gouttes a fermé définitivement les pays européens. Mis à part l’Espagne et le Portugal, le reste des destinations Europe n’est pas à la portée de tous. L’Europe devient très chère au vu du taux de change et de la crise économique et sociale que subissent les Algériens.

Les agences de voyages et de tourisme sont-elles capables de répondre aux besoins des vacanciers ?

Sans le moindre doute, le agences de voyages peuvent répondre à la forte demande, mais il faut souligner un phénomène inquiétant et qui mérite d’être débattu : il y a les professionnels et ceux qui ne se soucient que du profit immédiat. Leur nombre avoisine les 3000, un chiffre impressionnant !

Qu’en est-il du Zyriab, votre agence

Notre agence a un slogan accrocheur : «de vos rêves, nous faisons un voyage». Notre ambition : donner envie de voyager dès que le client pousse la porte de l’agence. Notre site web est en plusieurs langues français, espagnol, anglais et allemand, de quoi cibler une clientèle nationale et internationale. Nous avons investi le digital il y a bien longtemps avant les incitations gouvernementales. Il faut apprendre à se faire connaître et à vendre par les outils de notre siècle sinon nous resterons sur la touche.   

Le tourisme domestique peine à décoller. Quelles sont les raisons ?

Il y a plusieurs raisons : la destination Algérie est peu valorisée et peu connue. Sur la destination Algérie franchement, il y a de quoi  écrire un livre. Tout d’abord en direction de la clientèle algérienne comparativement à certaines destinations, le produit reste cher, même excessivement chère pour une qualité de service à la limite de l’acceptable, voire médiocre dans certains endroits. En plus, l’Algérien n’a pas beaucoup le choix, plusieurs nouvelles infrastructures hôtelières ne répondent à aucune norme internationale.  


Les visas restent un sérieux frein pour faire du réceptif. Est-ce le seul facteur qui décourage les touristes étrangers à venir en Algérie ?

Certes, les visas sont un des maillons importants de la chaîne touristique qui ouvrent les portes d’une destination mais ce n’est pas le seul motif du désintérêt, voire de la frilosité des étrangers. Il y a la vision floue et tout un environnement à prendre en considération. Le personnel hôtelier a besoin de formation. Le peuple algérien est généralement hospitalier mais un séjour, ce n’est pas que du sourire…  


La promotion de la destination Algérie est-elle efficace ou bien faut-il revoir les campagnes lancées jusque-là ?

Tous est à revoir concernant la promotion touristique. Nous avons un bon produit, c’est incontestable mais qui n’est pas bien emballé. L’ONAT est à dissoudre et l’ONT doit être restructuré. Ce n’est pas moi qui le dit, ce sont les recommandations des dernières assises nationales du tourisme qui stipule «il a été recommandé de redéfinir le rôle de l’Office national du tourisme et le doter en moyens financiers et en compétences appropriées, ainsi que le redéploiement des missions de l’Office national algérien du tourisme de sorte à ce qu’il soit plus agressif au plan commercial». Au-delà du constat, il faut agir.

Comment prévoyez-vous ces actions

Partout dans le monde, les choses ont énormément changé, bougé et évolué. Le tourisme d’hier n’est plus celui d’aujourd’hui,  on n’en est pas aux années 70/80. Il n’y a aucune honte à copier, ou du moins de s’inspirer du modèle des grandes destinations touristiques qui ont fait leurs preuves et qui drainent des milliers de touristes par an. L’accélération s’explique par une forte expansion économique, des tarifs aériens plus abordables des changements technologiques, des nouveaux modèles d’activité économique et des progrès en matière de facilitation de la délivrance des visas à travers le monde, selon l’OMT. La communication et les relations publiques (PR) sont une affaire de professionnels qui répond à une stratégie réfléchie et non un luxe ou un prestige. Unestratégie de communication nes’improvise pas. Il faut investir aussi les espaces virtuels (sites web et réseaux sociaux). Or, nous sommes en déphasage totale avec l’industrie touristique mondiale. Cela fait des années que nous bricolons et que nous continuons à bricoler.