Constantine, ville des ponts suspendus

Constantine offre au touriste le plaisir, la grandeur, la sérénité, la splendeur et surtout la surprise. Une ville captivante par ses nombreux témoignages et vestiges qu’elle a gardé jalousement des différentes civilisations.

«Elle s’érige défiant le temps conjuguant son passé au présent», est-il écrit sur le site web de la direction du tourisme et de l’artisanat. Constantine est connue également sous d’autres noms comme «la ville des ponts suspendus» ou bien «la ville des aigles». Une ville littéralement coupée en deux par un vide abyssal que relient de multiples ponts. La légende raconte que l’empereur Constantin, qui lui céda son dernier nom, disait de cette ville que c’est le «seul endroit au monde où l’homme est plus haut que l’aigle».    

C’est l’une des cités les plus anciennes au monde. Une ville chargée d’histoire construite 3000 ans avant JC. Constantine a vu défiler au fil des siècles pas moins de 10 civilisations et devient une cité incontournable dès l’antiquité. Elle aurait abrité dans ses grottes des hommes dès l’antiquité. L’histoire est l’une des raisons pour visiter Constantine. Un mélange de cultures laissé par les empreintes romaines,berbères, arabes, ou encore française. Résistante, Qsantina mettra plus de sept ans à tomber aux mains des forces coloniales françaises en 1837.

Sidi M’Cid, El Kantara, Sidi-Rached et les autres

Les endroits à visiter sont multiples. Il y a le Pont suspendu de Sidi M’Cid construit en 1912 juste en haut d’une arche naturelle. Le pont est d’une longueur de 164m et d’une hauteur de 175m, depuis le pont la vue offerte sur les gorges et la vallée du Hamma est fantastique. Il y a ensuite le monument aux Morts, un Arc de Triomphe situé en haut d’une falaise de la rive droite offrant une superbe vue sur la ville. Certains vont certainement apprécier le Pont d’El Kantara, le Pont Sidi-Rached, le Pont du Diable et le Pont des Chutes. La Mosquée Emir Abdelkader partage les bâtiments de l’Université des Sciences Islamiques. Elle est un chef d’œuvre architectural de l’art arabo-andalou. Au Musée de Cirta qui date de 1930, on y découvre divers vestiges antiques, numides et romains ainsi que des collections de peintures orientalistes du XIXe siècle. La Brèche (Place du 1er Novembre) est une place du centre-ville de Constantine, elle tient son nom du fait de l’invasion française, c’est à cet emplacement que les soldats français furent une percée et ainsi occupé la ville.

La ville des Oulémas

Constantine a connu aussi plusieurs célébrités. Benjamin Stora, historien français, professeur à l’université Paris-XIII,  a écrit : «Je garde en mémoire la vie quotidienne de cette ville, la grande gaieté qui y régnait. Avec beaucoup de cafés et de musiques. La rue de France prolongée par la rue Caraman regorgeait de cafés fréquentés par des Juifs, des hommes bien sûr pour la plupart. Des dizaines de cafés, où partout s’échappait de la musique».  

Ahlem Mosteghanemi est une grande écrivaine et poétesse arabophone native de Constantine. Elle est connue pour être l’écrivaine la plus lue dans le monde arabe. Malek Bennabi, un penseur algérien est né en 1905 à Constantine. On peut citer aussi Abdelhamid Ben Badis, qui a participé activement au mouvement de l’Islah musulman et publie dès 1925 Al Mountaqid, journal critique dans lequel il amorce un travail profond de prise de conscience nationale.

«A tout jamais, ma ville s’est réfugiée derrière l’image qu’on s’en fait. Concédant une attitude et tolérant une silhouette, jalon entre deux infinis, elle veille sur le passé, et, relais du soleil, elle monte la garde au pied des espérances. Elle est une présence, elle est un rêve qui continue», avait écrit  Malek Haddad, écrivain et poète algérien d’expression française, né le 5 juillet 1927 à Constantine. 

Intégrée dans le patrimoine mondial

Constantine est une ville qui englobe une histoire variée et importante, une ville qui est intégrée dans le patrimoine mondial pour être un site universel qui fascine les hommes d’art, les peintres, les poètes et les romanciers de toutes les langues et les nationalités. A travers l’espace de cette ville, tous les lieux s’émergent pour construire un univers mosaïque où les événements s’emboitent entre eux en donnant à l’histoire un apport symbolique riche de signification. Constantine est une ville pluriculturelle, parce que plusieurs civilisations sont passées par ce territoire, et plusieurs communautés musulmanes, européennes et juives se sont côtoyées, ce qui a donné à cette ville une richesse culturelle dans tous les domaines de la vie, surtout en art vestimentaire et culinaire et beaucoup plus en musique andalouse, le malouf, présenté par des chanteurs, connus comme, Mohamed El Hadj El Fergani.   

Le Monument aux morts, un vestige touristique et historique,

 Le Monument aux morts, niché sur le dominant rocher de Sidi M’cid, attire de nombreux visiteurs de tous les âges en quête d’oxygénation et de détente. Abandonné pendant près de deux décennies, le site, témoin de l’histoire de la ville des ponts suspendus, a fait l’objet d’une opération de réhabilitation et de requalification ayant permis l’aménagement d’un parking et la mobilisation de brigades de sécurité veillant au grain jour et nuit et sept jours sur sept.

Réalisé en hommage aux enfants de la ville morts durant la Grande guerre (1914-1918), le monument, inauguré en 1930, est érigé à 635 m d’altitude sur une falaise bordant la rive droite de l’oued Rhumel et surplombant le pont suspendu de Sidi M’Cid.

Un club pour le «chemin des touristes».

Parmi les autres curiosités de la ville figure le «chemin des touristes». Un aménagement qui permet de suivre le fond des gorges du Rhumel sur toute leur longueur. Il  a été inauguré en 1895 et il est l’œuvre de l’ingénieur-constructeur Frédéric REMES. Long de plus de deux kilomètres et demi, ce sentier est accroché aux parois du ravin, passant d’une rive à l’autre. C’est donc autant la prouesse technique que l’intérêt touristique qui retient l’attention. L’excursion réserve de nombreuses surprises : chutes d’eaux, ravins interminables, cavernes, espaces verts et quelques empreintes du passé.  C’est un monument touristique attractif qui peut aider à promouvoir le tourisme à Constantine. Il révèle une autre forme de tourisme.

Des jeunes Constantinois avides de découvertes et animés d’une passion pour faire connaître et aimer la ville du Vieux Rocher et œuvrer pour la protection de ses vestiges naturels et historiques ont créé le club chemin des touristes (CCT) en janvier 2018.  

Selon les chiffres avancés, le club a affiché depuis sa création jusqu’à la fin de l’année 2018, pas moins de 58 activités officielles, dont 23 sorties culturelles, 12 voyages organisés dans différentes wilayas, en plus des cycles de formation, avec l’ambition de faire encore plus cette année, en réalisant les projets du site web et de l’application touristique du club.

Pour ses fondateurs, Constantine est une ville qui attire tous ceux qui adorent vivre à l’ancienne et recherchent des expériences authentiques et souhaitent participer aux événements communautaires. En un mot, vivre la culture locale pour mieux comprendre les populations et l’histoire des lieux qu’ils visitent.

Souika, la vieille ville fait de la résistance

La Souika, le plus vieux quartier, est faite de maisons agglutinées, fragiles, s’accrochant les unes aux autres. Comme toutes les villes sont le passé se noie dans la nuit des temps, elle porte en son sein des secrets. Celui qui découvre le site pour la première fois est tout simplement émerveillé. Une occasion pour connaître l’histoire et l’architecture unique de la vieille ville, mais aussi ses quartiers, ses placettes, ses maisons et les corporations des artisans de ce lieu qui subit une déplorable dégradation. «Tous ceux qui ont eu le plaisir de participer aux premières sorties n’ont pas caché leur satisfaction de pouvoir découvrir un patrimoine riche qu’ils ignoraient, depuis, ils ne rataient plus aucune sortie dans la vieille ville», révèle un promeneur avec une certaine fierté. La vieille ville tente de maintenir sa tradition ancestrale à travers les étalages de divers produits du terroir (Khobz Eddar, Dioul, Zlabia). Certains commerçants y proposent toujours des épices qui donnent du goût aux mets constantinois. Les ruelles étroites de ce «petit souk» offrent une fraîcheur tant recherchée par les amateurs des escapades dans le passé.

«Pendant le Ramadhan, ou autres fêtes religieuses, Souika devient La Mecque des Constantinois, ceux désireux de trouver quelque chose d’original, d’authentiquement ancien, ou ceux à la recherche d’occasions rares à des prix intéressants ; mais ses enfants, ceux qui l’on quittée pour d’autres cieux, y reviennent souvent s’y ressourcer, comme pour un vrai et éternel pèlerinage», dira Ammi Saïd, un enfant de cette cité. Chaque pavé a une histoire à raconter, demeure un haut lieu du commerce, où se mêlent, paradoxalement, légal et informel. Souika demeure le cœur palpitant de Constantine.   

Le Palais du Bey et ses secrets

Symbole de la présence ottomane en Algérie, le palais du Bey, érigée et aménagée sur plus de 5600 m2, avait été construit sous l’ère d’El Hadj Ahmed Bey (1784-1848), dernier de la lignée des beys ottomans qui ont gouverné Le Constantinois. Réalisé entre 1825 et 1835, cet édifice transformé en musée reçoit des visiteurs notamment des spécialistes en civilisations, universitaires, étudiants et touristes.

L’architecture raffinée, les vastes jardins luxuriants, les arcades en voûte, les magnifiques palmiers, forceront l’admiration des visiteurs des lieux.  Cette merveille ne cesse de nous étonner par son architecture qui rappelle les contes des mille et une nuits. Le Palais du hadj Ahmed bey de Constantine est l’un des vestiges les mieux conservés de l’architecture de l’époque ottomane en Algérie et dans le Maghreb, il marque trois siècles de domination ottomane et le début d’une nouvelle ère européenne. Il fait partie de l’héritage récent méditerranéen.   

Le décor du bois historique (chêne ou le cèdre) constitue également une facette de l’art artisanal constantinois, qu’enrichit un ensemble de techniques provenant des différentes écoles d’ébénisterie algérienne de l’époque ottomane. La polychromie (1600 m2) est une iconographie qui retrace des événements historiques liés à la vie spirituelle du bey et à ses périples dans différents pays. Elle date de différentes périodes historiques.   

Tiddis, le témoin de l’époque numide

Les ruines de la ville de Tiddis se situent à quelques dizaines de kilomètres de Constantine. Tiddis recèle d’importants vestiges de l’époque numide. La fabrication de poterie fut l’activité principale de ce site à toutes les époques de son occupation. On y a découvert un vaste quartier de potiers, dont les ateliers sont équipés de fours, de douves et la plus belle collection d’outils de toutes les époques, y compris l’époque punique. Les fouilles ont permis de découvrir des vases puniques et des lampes grecques du Ve siècle avant JC. Dans les tombeaux situés aux abords de la ville – les BAZINAS, sépultures très évoluées,  on a trouvé des vases d’un aspect inconnu. Il s’agit d’un décor peint, géométrique, avec des bandes d’oiseaux et des danseurs très stylisés. Bref, de la poterie Kabyle, telle qu’elle est fabriquée aujourd’hui encore par les femmes, sans tours, par des techniques immémoriales. Tiddis renferme aussi des vestiges anciens, des DOLMENS, sur le versant occidental du plateau ; et, surplombant de part et d’autre le ravin de Kheneg s’élève une cinquantaine de Bazinas au pied de la montagne à l’est.

Du djarri au jawziya, un voyage gustatif

Constantine, c’est aussi une ballade gastronomique. On y  goûte à de nombreuses spécialités culinaires de la région. Le djarri, (équivalent de la chorba) le tlitli (pâtes en formes de langues d’oies, du poulet, des pois chiches, des boulettes de viande et des œufs), les makrouts (gâteaux de semoule fourrés aux dattes trempés dans le miel), les mgergchats (beignets de farine aux graines de sésame avec du miel) ou encore la jawziya (nougat à base de noix et de miel) sont parmi les plus connus. Constantine a conservé nombre de ses activités artisanales, dont les plus importantes sont la broderie en fil d’or sur velours, la dinanderie, la chaudronnerie, la sculpture sur bois ou la poterie.   

Gandoura el Ksentiniya, L’élégance !

L’ample et élégante Gandoura en velours, aux fils d’or, que les belles Constantiniennes portent avec fierté lors des fêtes de mariage et de circoncision, est sans doute le modèle du savoir-faire des maîtresses couturières du Rocher. Le savoir-faire ancestral transmis de mère en fille depuis des temps immémoriaux a permis de donner toute son authenticité à cette toilette, vêtue d’arabesques flamboyantes, communément appelée Gandoura el Ksentiniya, ou encore Gandouret El Fergani en hommage à la famille Fergani, précurseur de la haute couture à Constantine, devenue indispensable au trousseau des mariées dans la ville des ponts.

Les objets emblématiques de Constantine sont, El-Kattara (égouttoir) un objet qui sert à produire des parfums de rose et de jasmin et el Kirouana sorte de bassines aux parois légèrement évasées, utilisée pour la toilette. Constantine est la ville qui intègre le plus de motif orientaux. D’ailleurs la ville a gardé son souk  «Ennahassine» (marché du cuivre) dans la médina nommée : Cité Bardo.