Coronavirus : Les compagnies Africaines lancent le mayday

Le secteur du transport aérien est celui qui a subi de plein fouet les répercussions du Covid -19. Plusieurs compagnies ont mis en chômage technique et économique des milliers de travailleurs.  

Les restrictions de voyage imposées par les Etats en vue d’endiguer la propagation de la pandémie, ont poussé plusieurs compagnies privées et publiques à suspendre, partiellement ou totalement,  leurs opérations, depuis maintenant trois mois.  Une situation qui a mis en chômage technique et économique des milliers de travailleurs.  

L’Association Internationale du Transport Aérien (IATA) a déjà tiré la sonnette d’alarme quant  à l’avenir du transport aérien en Afrique. Une analyse, publiée le 14 avril, prévoit un manque à gagner des compagnies africaines membres, supérieur à 6 milliards de dollars,  ce qui va engendrer une baisse d’environ 51% du chiffre d’affaires dégagé en  2019.  « Les perspectives de l’industrie s’assombrissent de jour en jour. L’ampleur de la crise rend improbable une reprise brutale en forme de V […] Et sans secours d’urgence, de nombreuses compagnies aériennes ne survivront pas pour mener la reprise économique » avertit Alexandre de Juniac, directeur général l’IATA. Pour lui « le trafic de passagers suit de près l’évolution du PIB. L’impact de l’activité économique réduite au deuxième trimestre entraînerait une baisse de 8 % du trafic de passagers au troisième trimestre »

2 millions d’emplois en danger

La contribution économique de l’industrie du transport aérien en Afrique est estimée à 55,8 milliards de dollars, soutenant 6,2 millions d’emplois et contribuant à 2,6% du PIB. Selon les experts de l’IATA, pas moins de 2 millions d’emplois  dans le secteur de l’aviation sont en danger, d’autant que la fermeture des frontières aériennes est toujours en vigueur.

L’organisation internationale du travail (OIT) va dans le même sens et souligne que si les gouvernements n’agissent pas maintenant, l’impact sera plus douloureux, L’OIT  rappelle, à juste titre que « chaque emploi créé dans l’industrie aéronautique soutient 24 autres emplois dans l’ensemble de l’économie.»

Le  Covid-19, le coup de grâce

A vrai dire, le Covid-19 ne vient qu’ajouter son lourd fardeau à la santé déjà très fragile des compagnies aériennes africaines. En effet, les compagnies du continent évoluent depuis plusieurs années dans un environnement économique incertain et continuent de subir le poids élevé des taxes et redevances ainsi que le surcoût d’un carburant 35% plus cher que la moyenne mondiale. Elles sont, ainsi, moins compétitives et  enregistrent des taux remplissage relativement faibles. D’ailleurs, en 2019, le marché a enregistré la disparition totale de plusieurs transporteurs dont Fastjet Zimbabwe, Sonair en Angola, Medview au Nigeria, l’interruption épisodique des services chez d’autres à l’instar de  Camair-Co ou Trans Air Congo, alors que d’autres ont dû subir un plan de restructuration et de sauvetage, à l’image de Tunisair, Kenya Airways, Air Zimbabwe ou encore South African Airways dont le gouvernement  vient d’annoncer son incapacité à fournir d’autres fonds de financement  

Eviter les Faillites collectives

Les compagnies africaines, pour la plupart sont actuellement en crise de liquidité.  CAPA,  l’un des principaux fournisseurs de renseignements sur le marché de l’aviation et des voyages, averti qu’en l’absence d’une action coordonnée des gouvernements, « d’ici la fin mai, la plupart des compagnies aériennes dans le monde seront en faillite » Même son de cloche du côté de l’association des compagnies aériennes africaines (AFRAA) qui «a exhorté les gouvernements africains à envisager la compensation des pertes inévitables, l’allégement des coûts d’exploitation et la subvention afin d’assurer la viabilité de l’industrie ».

Cet appel a déjà été entendu par plusieurs pays, à l’instar du  Ghana qui a décidé du report de six mois des échéances de remboursement des emprunts bancaires par les compagnies ;  le Sénégal qui a débloqué  77 milliards de FCFA et suspendu la TVA pour soutenir le secteur ; l’Egypte qui a annoncé le report de six mois du paiement des factures des compagnies ; Des mesures similaires ont été prises par d’autres pays comme le Rwanda, le Cap Vert, l’Angola. Toutefois, ces efforts

n’auront pour effet que de limiter la saignée financière, et n’empêcheront pas la disparition pure et simple des compagnies déjà fragiles.

Dans ce contexte, le cabinet de conseil aéronautique, Archery Strategy Consulting (ASC), estime que les répercussions de cette crise sur le transport aérien, vont s’étendre sur, au moins trois ans, du moment que les habitudes de voyage de  l’après Covid- 19, ne seront jamais les mêmes.