Ils partent à la conquête des vols long-courriers : Les compagnies low Cost envahissent le ciel

Le marché des compagnies aériennes low cost a explosé en Europe et représente aujourd’hui une part de marché quasi égale à celle des compagnies traditionnelles dans certains pays d’Europe.

Avec la multiplication des compagnies aériennes low-cost, les prix des billets d’avion pour des vols long-courrier deviennent de plus en plus abordables. Certains ont considérablement chuté en un an. La baisse des prix des billets d’avion pour des vols long-courrier s’explique par plusieurs facteurs. La baisse de la demande pour certaines destinations peut jouer sur les prix, de même que la saisonnalité. Sans compter les possibles offres des agences de voyage. Les grandes compagnies ne souhaitant pas se faire éclipser, elles diminuent les prix tout en misant sur des gros volumes. Le marché des compagnies aériennes low cost a explosé en Europe et représente aujourd’hui une part de marché quasi égale à celle des compagnies traditionnelles dans certains pays d’Europe. La croissance du trafic aérien est la plus forte dans les régions enregistrant une forte progression des compagnies low cost. L’Europe et l’Asie sont les marchés low cost les plus dynamiques, les compagnies low cost concentrent  32 % du trafic aérien en Europe et 31 % du trafic en Asie.

Cependant, l’impact des compagnies aériennes low cost dépasse le simple cadre du marché du transport puisque l’installation de lignes aériennes joue sur le développement économique des régions. Un des enjeux du marché est la capacité des compagnies aériennes low cost à rester rentable tout en maintenant la compétition sur les prix. Il est aujourd’hui clair que les compagnies low cost ont réussi à s’imposer de manière significative dans le paysage aérien européen. Leur apparition, il y a une quinzaine d’années, a été une véritable révolution pour les voyageurs. Si aujourd’hui, plus personne n’ignore les règles et restrictions (bagages, service clients), le prix reste le critère principal.

Ryanair, une compagnie pionnière

Ryanair est la compagnie pionnière dans le domaine et très souvent la moins chère du marché. EasyJet est, le second mastodonte du secteur. La low-cost espagnole Vueling se positionne en force. Si elle n’est pas la moins chère, elle offre l’avantage de départs quasi quotidiens. Les compagnies aériennes low-cost se débarrassent des charges superflues diminuant ainsi le coût de revient et donc le prix du billet. Internet est privilégié comme voie de distribution (pas de frais d’agence, pas de frais liés au système informatique) avec le billet électronique (pas de frais de dossier). Ces compagnies privilégient les aéroports secondaires (moins de frais d’aéroport) et font des escales courtes (pour permettre plus de vols sur une journée). La plupart des compagnies low-cost facturent également l’enregistrement des bagages ainsi que d’autres services à bord, qui deviennent source de profit. Le propre des compagnies low cost est d’utiliser des appareils moyen-courrier – généralement des Boeing 737, seul modèle de Ryanair – et, par conséquent, de ne desservir que des lignes continentales pour un trajet n’excédant pas 3 heures. La raison en est que la recherche d’économie sur tous les postes possibles est incompatible avec un voyage intercontinental. Il n’est, en effet, pas envisageable de priver les passagers de nourriture pendant un long trajet ni de leur accorder un minimum de confort et de services. Cependant, Ryanair envisage, par le biais d’une entité distincte à définir, de mettre en service des vols long-courriers, notamment transatlantiques. Le concept consisterait en la création de 6 nouveaux « hubs » aux Etats-Unis sur des aéroports de second plan, desservis à partir des bases européennes existantes. Ainsi, Ryanair se placerait-elle en concurrence directe avec Virgin Atlantic. Il faudrait, aussi, que Ryanair monte une flotte d’Airbus A350 ou de Boeing 787, ce qui représente un investissement considérable et contredit, d’une certaine façon, la politique de l’appareil unique afin de rationaliser la maintenance.  Ainsi, le succès du business-model de Ryanair repose sur trois règles de base, à savoir que les avions doivent rester le plus possible dans les airs, de n’utiliser  qu’un seul type d’avion et de tout facturer aux passagers.

Peut-on casser les prix ?

Norvegian, FrenchBlue et encore Level en Espagne, les compagnies low cost proposant des vols long courrier poussent un peu partout en Europe. Mais peut-on casser les prix sur un vol de 6000 kilomètres ? Le modèle économique qui a fait le succès dans le court et moyen-courrier n’est pas totalement transposable sur longue distance. «Faut-il vraiment parler de low cost pour le long courrier ? Cette expression n’est pas vraiment correcte. En effet, un des piliers du modèle low cost dans l’aérien consiste à optimiser la rotation des avions. Or l’activité long courrier nécessite du temps d’escale pour le nettoyage de la cabine, le remplissage des réservoirs, un embarquement des passagers plus long. Avec des vols d’une dizaine d’heures à l’aller puis au retour, il n’y a plus rien à optimiser en termes de rotation» lit –on dans une analyse d’un expert du transport aérien du cabinet de conseil Wavestone. Selon cette étude «Nous allons plutôt observer une hybridation entre le modèle classique et le low cost sur l’activité long courrier». Seul moyen de retrouver des marges de manœuvre par rapport aux compagnies traditionnelles, utiliser les avions les plus économiques possibles.

Un autre cabinet de consultants spécialisé dans l’aviation CAPA avance que la part de marché mondiale a doublé depuis 2012 pour flirter, aujourd’hui, avec les 6%. « Le low cost court et moyen-courrier pèsent 36% des vols en Europe et se limitait jusqu’ici à notre continent. Il était inévitable que certaines compagnies s’attaquent à ce marché des destinations de plus de 3000 km. Si sur un vol de 18 heures, il est difficile de se passer d’un minimum de confort, cela n’est pas le cas sur une distance de 8h comme un Paris-New York»

AirAsia se distingue

Le palmarès Skytrax 2019 a nommé AirAsia meilleur compagnie aérienne low cost au monde devant EasyJet et Norwegian, de nouveau nommée meilleure low cost long-courrier. Les principales difficultés rencontrées par les acteurs du secteur : l’augmentation du prix du carburant, des carnets de commandes pleins du côté des constructeurs, la pénurie d’équipage expérimenté, la forte pression sur le prix des billets d’avion et la congestion grandissante des aéroports.

«Je pense qu’il y a un futur pour les compagnies low-cost et qu’il sera brillant tant que l’on se concentrera sur le service client, le prix, la capacité à s’adapter à un monde en perpétuelle évolution et en se challengeant sans cesse», juge Marc Rochet, le CEO de French Bee. En l’espace de 15 ans, les low cost ont imposé en Europe un nouveau modèle de production et de consommation, sur le segment des vols dits «de point à point». L’activité des low cost, encore majoritairement orientée vers la clientèle loisirs est restée très sensible au prix du billet et marquée par une forte saisonnalité. Les compagnies aériennes à bas prix transportent aujourd’hui un passager sur quatre dans le monde. Après avoir pris des parts de marché aux compagnies classiques sur les vols moyen-courriers, elles ambitionnent à présent de les concurrencer sur des vols au long cours. Mais leur argument principal que sont les prix bas est-il suffisant ?