La Saoura, la perle du Sud

Les voyageurs qui se sont aventurés dans les circuits touristiques de la Saoura n’ont qu’une envie : y retourner ! Carrefour des civilisations, trait de vie dans le Sahara, l’ancienne route du Soudan occidental borde une région magnifique, la vallée de l’oued Saoura, adossée au massif du Grand Erg occidental et alimenté par des eaux de l’Atlas saharien et du Haut-Atlas marocain.

Sa description par Ibn Khaldoun remonte au XIVe siècle. D’ici, le paysage est d’une beauté à couper le souffle, les immenses dunes jaunes, jusqu’à 600 mètres de haut, semblent autant de vagues sculptées par le vent. C’est la période propice pour aller planter son décor de vacances de fin d’année. Cette partie du désert est propice au dépaysement, à l‘évasion et au ressourcement. Elle permet de prendre une pause, un temps d’arrêt et de s’extirper de notre mode de vie mouvementé. On ressent une grande paix où tous nos repères habituels laissent place à une nouvelle réalité intérieure. Les paysages défilent, tous plus grandioses que les autres. Ces espaces immenses, austères et féériques à la fois. Trois régions attirent : Taghit, Igli et Béni Abbés. ll y a, sans le moindre doute, un regain d’intérêt pour le Sud ces dernières saisons.

«Si pendant l’été, les Algériens ont tendance à s’évader hors des frontières, y compris vers des destinations lointaines, l’hiver, ils privilégient les grands espaces du Sahara», confie Brahim Aflah Hadj Nacer. Manager général de Zyriab Voyages. Hichem Daou, présentateur d’’émissions sur le tourisme à Canal Algérie.     

Abonde dans le même sens «Il y a ceux et celles qui sont réellement attirés par l’offre du Sud en tant que produit spécial de par son contenu culturel et ses paysages, et il y en a d’autres qui le choisissent car, actuellement, c’est une destination à la mode, suite aussi à l’influence des réseaux sociaux et des médias».

Taghit l’enchanteresse

Première Halte, Taghit, l’enchanteresse, elle  surgit après une centaine de kilomètres de désert de pierres, au terme d’un ruban d’asphalte jeté dans un paysage directement sorti de la planète Mars. Le choc est surprenant : 120 000 palmiers-dattiers, à perte de vue, sur plus de 20 kilomètres, enserrent une petite cité de terre rouge, aux portes d’un océan de sable que ferment des vagues de dunes sur près de 600 kilomètres et parfois hautes comme des montagnes. Agglomération traditionnelle de 6 ksars, autour d’une vaste palmeraie, Taghit est un véritable nid de verdure au bord de l’erg. Trésor biologique, mais aussi patrimonial et architectural, avec ses maisons ocres nichées au cœur de l’oasis, dominées par le ksar érigé, par souci de défense, sur un éperon rocheux. L’occupation par l’homme de ce site est attestée par la multitude de gravures rupestres, notamment celle de Zousfana, à quelques kilomètres. Taghit est aussi la ville du Maoussem, cette grande fête annuelle célébrant la récolte des dattes à la fin octobre. Une fête de musique et de couleurs, inoubliable pour les chanceux de passage. Cette fête, dont l’existence remonte à plus de 19 siècles, dure trois jours durant lesquels on peut entendre les sons du bendir, du gumbri et des chants.

«Déserté par ses habitants, le vieux ksar est pourtant un bijou architectural et patrimonial, sauvegardé par quelques jeunes et moins jeunes, qui, conscients de sa valeur culturelle et historique, ont décidé de réhabiliter les lieux. Plusieurs maisons du ksar ont été restaurées à la manière traditionnelle (technique de l’argile) grâce à des chantiers de coopération», écrit le guide Le Petit Futé. Il poursuit : «Envahi lors du réveillon du nouvel an pour ses soirées gnawa, Taghit est devenu en quelques années une destination privilégiée d’une jeunesse algéroise, en quête d’exotisme. Pendant la période estivale, alors que les touristes envahissent le littoral, Taghit et sa région ne sont fréquentés que pour leurs bains de sable (rdim), pratique thérapeutique ancestrale soulageant les rhumatismes».  

Plusieurs agences de voyages proposent l’escalade de la grande dune de Taghit, une des plus hautes dunes au monde, elle culmine à environ 190 mètres d’altitude, l’initiation à la pratique du ski sur sable et assister à un inoubliable coucher de soleil, aux magnifiques dégradés de couleurs. suivi d’un diner chez l’habitant.  

Igli, une halte de grâce

Igli se dévoile par petites touches successives à travers ses ksars et ses ruelles pittoresques, ses palmiers, ses jardins, vecteurs d’un moment de grâce pour les passionnés de l’aventure. Une destination touristique à recommander, notamment, aux personnes à la recherche de sites insolites, l’immensité du désert leur permet de rompre, un tant soit peu, avec le stress des grandes villes. Un village touristique de 16 appartements a été inauguré par l’ONAT totalisant une capacité d’accueil de plus de 200 lits. Un ancien village agricole inachevé a été transformé et a nécessité un investissement de plus de 16 millions de dinars pour son aménagement et adaptation aux besoins des activités de tourisme et d’hôtellerie.

Béni Abbés, l’oasis de rêve

Beni Abbès regroupe sept ksour dont certains sont encore habités. Le plus beau est celui qui est placé au cœur de la palmeraie. L’architecture, le paysage, l’écosystème et la culture sont profondément liés et entretiennent des relations d’interdépendances. Il représente un type de localisation unique au Sahara et est inhabité depuis 1957. Il a été évacué de ses populations par l’armée française. Construit en toub (pisé) et troncs de palmiers, matériaux locaux, le vieux ksar date du 16ème  siècle. Pas moins de 300 familles y habitaient à l’époque. Aujourd’hui, on n’en trouve aucune. Toutes ont quitté, de force, ce lieu paisible pour trouver place au centre-ville, ou encore à Béchar. Certains ksour tombent en ruines et chaque édifice qui disparaît signifie la perte d’une partie de la mémoire culturelle ancestrale. La célébration du Mawlid Ennabaoui (anniversaire de la naissance du prophète) est une des grandes fêtes religieuses et culturelles, célébrée avec pleins de couleurs tant en Algérie qu’à travers les pays du Maghreb. «Une expérience unique en son genre.  J’aurai souhaité que le monde entier soit avec moi et vois ce spectacle à travers mes yeux», témoigne Taleb Al Rifai, président du comité consultatif de l’ITIC (International tourism and investment conférence) et ancien secrétaire général de l’OMT (Organisation mondiale du tourisme). Chaque année, et depuis des siècles, des milliers de personnes prennent part à cette célébration devenue l’une des fêtes religieuses les plus attendues par les populations de la Saoura et des autres régions du pays. Les Algériens vivant dans les grandes villes (Alger, Oran et Constantine) mettent à profit ces événements pour aller passer quelques jours de détente et de dépaysement.   

Des agences de voyages et de tourisme le proposent ainsi que l’ONAT qui semble avoir trouvé son «instinct du voyage». Une escale est indispensable à la chapelle Charles De Foucauld et au musée saharien ou les collections sont importantes et bien présentées.  

Le mawlid et l’attraction touristique

Béni Abbès, l’oasis située à plus de 250 km au sud de Béchar, est la ville incontournable à visiter durant les célébrations du Mouloud. Chaque année, des milliers de personnes prennent part à cette célébration devenue l’une des fêtes religieuses les plus attendues par les populations de la Saoura et des autres régions du pays. La célébration de cette fête religieuse, qui mérite, selon de nombreux avis, un classement au registre du patrimoine culturel immatériel, reflète les traditions et les coutumes religieuses les plus vivaces et constitue une attraction touristique indéniable.

D’ailleurs pour les fêtes de cette année,  une grande délégation du ministère du tourisme et de l’artisanat, le groupe Hôtellerie, Tourisme et Thermalisme (HTT), et de nombreuses personnalités et invités de marque ont fait le déplacement pour partager avec la population locale la fête religieuse du Mawild . Cette manifestation est mise à profit pour découvrir les potentialités touristiques que recèle la région, riches en oasis, cachet architectural traditionnelle, dunes de sables et l’hospitalité qu’incarne la population. « Les fêtes locales peuvent constituer un bon produit d’appel pour relancer le tourisme national » avait déclaré le Ministre.

Béni Abbès subjugue ses visiteurs

Profitant des festivités populaires religieuses et culturelles de célébration du Mawlid Ennabaoui,le président du comité consultatif de l’ITIC (International tourism and investment conférence) et ancien secrétaire général de l’OMT (Organisation mondiale du tourisme) ainsi que le directeur de Conférence internationale sur le tourisme et l’investissement  (ITIC) étaient subjugué par Béni Abbés,  qui reste pour eux, une des perles du Sahara a plusieurs trésors cachés sur le plan touristique. Pour eux, la région se dévoile par petites touches et l’immersion est un pur moment de bonheur. Témoignages. 

Taleb Al Rifai « Un paysage rare dans le monde»

Le président du comité consultatif de l’ITIC (International tourism and investment conférence) et ancien secrétaire général de l’OMT (Organisation mondiale du tourisme) était heureux de visiter cette région « vous avez des paysages qu’on voit rarement dans le monde, la beauté du Sahara et la spontanéité de ses habitants,

je suis heureux d’avoir fait le déplacement. Ce que j’ai vu aujourd’hui est une expérience unique en son genre. J’aurai souhaité que le monde entier soit avec moi et vois ce spectacle à travers mes yeux. Je suis très optimiste quant à l’avenir du tourisme en Algérie. C’est en effet un secteur très important dans la vie des gens qui permet de mieux se connaître et augmenter leurs revenus ainsi que d’améliorer les performances économiques.  C’est vrai que l’Algérie a été absence longtemps de la scène touristique, le pays a été absorbé par la relance de son économie mais soyez convaincu quele tourisme est un pétrole qui ne tarit pas, plus vous prenez soin de lui, il prendra soin de vous. Vous avez des choses à montrer au reste du monde

Ibrahim Ayoub « Un grand potentiel »

L’organisateur de la conférence internationale sur le tourisme et l’investissement  (ITIC) n’a pas tarit d’éloges sur les potentialités de notre pays en matière de tourisme. « Vous avez le potentiel, vous êtes pratiquement prêt pour accueillir les étrangers. Il faut avoir de la visibilité. Vous avez la gastronomie, le côté culturel, l’accueil et les hôtels. Il faut juste élaborer une stratégie de communication basée sur la visibilité dans les grandes manifestations mondiales. En Algérie, c’est vraiment formidable, il y a un potentiel immense, les infrastructures, l’aéroport  je pense que c’est un pari gagnant ».