Les goûts et les couleurs du Tassili n’Ajier et du Hoggar

A l’ombre des fascinants témoignages d’art rupestre du Tassili n’Ajjer et du Hoggar, nous avons choisi de faire un zoom sur l’artisanat du Sud (Touaregs).

L’artisanat n’est pas seulement un métier, il est le reflet des modes de la vie d’une population. La Kabylie, les Aurès, l’Algérois, les Haut plateaux, la vallée du Mzab, le Gourara, le Hoggar, la Saoura, l’Oranie, ce sont autant de régions avec des particularités.

A l’ombre des fascinants témoignages d’art rupestre du Tassili n’Ajjer et du Hoggar, nous avons choisi de faire un zoom sur l’artisanat du Sud (Touaregs). La région du Tidikelt à In-Salah, dans la wilaya de Tamanrasset, est l’une des régions où l’artisanat traditionnel est le mieux conservé. Des activités perpétuées par des artisans jaloux de pérenniser un legs ancestral authentique. La particularité des activités artisanales sous toutes ses formes : elles soient transmises de génération en génération. L’artisanat est aussi une source de revenus pour ses habitants qui œuvrent à pérenniser et la perpétuer, en dépit des vents modestes et de la modernité qui la menace de disparition.  

T’bigua la “Tadera” ouel Keskess

Parmi les objets qui sont jalousement conservés, on cite la “T’bigua” utilisée pour rouler le couscous ou servir des dattes, la “Tadera”, coffret ou la marié conserve le B’khour (encens) ou du “Sfouff” (datte moulue), en plus d’autres articles tels que les chapeaux de paille ou le “Keskess” (passoire) servant à étuver le couscous.   

Les Touaregs sont renommés pour leur artisanat et surtout pour leurs bijoux en argent qui sont de vraies merveilles. Par superstition, les femmes Touareg ne portent jamais d’or. Les bijoux Touareg sont tous en argent. Ces bijoux font partie du patrimoine de chaque famille Touareg. Ils ont une valeur symbolique, mais aussi bien réelle, car ils servent aussi d’économies et de monnaie d’échange. Du fait de leur fabrication artisanale, ces bijoux diffèrent légèrement les uns des autres (motifs, teintes, forme). Chaque bijou est unique car réalisé d’une seule main. Ces motifs sont la représentation stylisée de dunes, de lieux particuliers comme la Pince du crabe dans l’Aïr, de constellations étoilées repères lors du cheminement des caravanes et ils racontent en général le mode de vie nomade des Touaregs.

Ainsi, les hommes excellent dans le travail du bois et des métaux et transmettent leur savoir-faire technique et esthétique de génération en génération. Ils sont aussi bien bijoutiers que forgerons. Les femmes sont plus habiles dans le travail du cuir : elles découpent, excisent, teignent et façonnent des sacs de différentes dimensions, coussins, franges et décorations des nattes, paravents et objets divers.

A chaque bijou son histoire

Le bijou dépasse amplement sa valeur purement esthétique et permet de découvrir le contexte géographique, les rituels et les liens sociaux, les croyances et la relation entre symbolisme et nature. Le bijou touareg a su garder son authenticité à travers l’histoire. L’outillage reste très simple, il consiste en un soufflet en peau de mouton, un chalumeau à bouche, une cisaille, quelques poinçons, des creusets et des limes. Pour fabriquer ses bijoux, l’artisan utilise les deux procédés les plus courants : le moulage et le martelage. Les matériaux les plus employés sont l’argent et le cuivre. Il y a différents types de bijoux spécifiques de la région : Tasralt (pendentif en argent ayant la forme d’un losange), Tineralt qui est plus connu sous l’appellation de croix d’Agadès, Khomessa (formé de 5 losanges et ayant des attributs magiques), Téreout n’azref (un étui d’amulettes), tisegin (les bagues) et ihebgan (les bagues).

Chaque collier porté par une femme touarègue évoque l’histoire d’un peuple, d’une région et d’une ville.

Le pendentif et la croix du Sud

Parfois le pendentif peut représenter le palais du Sultan, les perles qui le constituent les quartiers, dans leurs positions relatives au palais. Les triangles désignent les tribus nomades vivant en brousse. Les points isolés au centre du pendentif représentent le sultan lui-même et ses ministres.

On y trouve aussi imagés divers symboles de l’homme, de la femme, de la grossesse, ainsi que de la naissance.

La croix du sud dite Croix d’Agadez ou d’Iferwan, était autrefois exclusivement portées par les hommes et se transmettait de père en fils lors de la puberté. Elle faisait allusion à la virilité du jeune homme et à son nomadisme traditionnel. Cette transmission se fait dans la tradition où le père évoque à son fils l’éternelle phrase :
Mon fils je te donne les quatre directions du monde, car on ne sait pas où tu iras mourir “. La croix représente le pommeau de selle du chameau ou encore les quatre directions cardinales.

Tîsek, tizabatin et autres ihebgan

Les bagues «tîsek», sont de différentes formes et de différentes dimensions (circulaires, à chatons ouvrant, en forme de pyramide, de tronc de cône, …). Les boucles d’oreilles «tizabatin» sont en argent, de forme circulaire, généralement décorées de petits cercles poinçonnés. Elles sont portées soit au lobe inférieur de l’oreille, soit accrochées aux nattes de cheveux. Les bracelets «ihebgan» sont portés aussi bien par les hommes que par les femmes. Ils peuvent être fabriqués dans différentes matières (argent, cuivre, cuir et perles, pierre…).

Quel que soit son niveau social, la femme se pare quotidiennement d’au moins un bijou. Cependant dans les occasions et les fêtes, elle porte toute une parure de bijoux qui la couvre de la tête aux pieds. Ces bijoux varient selon le niveau social et économique ainsi que selon les mœurs et les coutumes de sa région et qui doivent aussi s’assortir avec le costume porté. Malgré les différentes appellations régionales, la plupart des modèles se ressemblent dans leur forme et leur décoration.

La poterie noire d’Adrar

Les artisans touareg ont su préserver l’art et la manière, hérités de leurs ancêtres, de transformer le métal en des objets dont les formes et le décor restent spécifiques à leur culture, ceci malgré les problèmes rencontrés pour l’approvisionnement en matière première et la cherté de celle-ci ainsi que les faibles subventions accordées par l’Etat. Les échanges commerciaux ainsi que le mouvement des artisans nomades ont eu une grande influence sur la diversité des bijoux dans les oasis sahariennes, qui occupent une très grande partie du désert algérien.

La wilaya d’Adrar est réputée notamment pour la poterie noire, un métier qui distingue la région de Tamantit, la vannerie à base de feuilles de palmiers, le tissage et le tapis « fatis », réputé dans la région de Zaouiet Debbagh, et d’autres métiers tels que l’argile, les habits traditionnels féminins et masculins et le cuir de la région d’Aoulef.